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gaborit.avocat.victime.over-blog.com

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Blog de Maître François GABORIT, Avocat spécialiste en réparation du dommage corporel (accidents de la circulation, accidents du travail, accidents de la vie privée, erreurs médicales, infections nosocomiales, aléas thérapeutiques, etc.) et droit des victimes (POITIERS, PARIS, NIORT, www.dgt-avocats.fr).


Le médecin expert : Dieu ou Médecin ?

Publié par François GABORIT sur 21 Septembre 2020, 13:21pm

Catégories : #avocat, #barème, #droit, #expertise, #justice

Le médecin expert : Dieu ou Médecin ?

Comme chacun le sait, l’expertise médicale est au préjudice corporel ce qu’est le Vatican à l’Eglise catholique.

L’un ne va pas sans l’autre.

Or, depuis quelques années, nombre d’avocats se rendent aux expertises.

Je me rappelle à mes débuts que cela agaçait prodigieusement certains médecins.

En effet, ces derniers étaient habitués depuis de lustres à régler ces dossiers entre confrères, dans le calme feutré de leur cabinet, et souvent après avoir éjecté la victime de leur discussion au motif que tout cela est bien trop compliqué pour elle.

Et voilà que d’un seul coup, de jeunes loups d’avocats surgissent dans leur bureau pour leur dire qu’ils n’ont pas toujours raison.

Et croyez-moi, quand vous dites à un médecin qu’il se trompe, et bien, c’est le crime de lèse-majesté voire le blasphème.

En effet, dans le milieu, chacun sait que la différence entre le médecin et Dieu, c’est que ce dernier lui ne se prend pas pour un médecin…

Avoir fait 15 ans d’étude pour se laisser démonter en pièce par un avocat (qui lui n’a que Bac +7), et puis quoi encore !!!

Donc, en règle générale l’expert se vexe…

Et puis, après une petite période de bouderie, vient la 2e phase : la tentative de décrédibilisation auprès de votre client et des autres personnes présentes.

A chaque fois, il y a la bonne petite remarque condescendante: « oui bien sûr Maître, mais vous avez fait médecine ? ».

Cela signifie en substance que l’avocat n’a plus qu’à se taire et à écouter religieusement l’expert qui comme le Pape est doté de l’infaillibilité…

Sauf que les médecins sont tout aussi faillibles que le Saint Père…

Dès lors, pas d’hésitation : il faut foncer.

Qu’on ne s’y trompe pas, je ne m’aventure jamais sur un terrain purement médical pour la simple raison que je n’y connais rien (et je l’assume complètement).

Par contre, avec la pratique, je sais lire un barème et j’ai fait dans ma jeunesse un peu de droit.

Et bien souvent, c’est là que les experts peuvent être retoqués car l’expertise n’est pas qu’une affaire de médecine.

L’expertise en droit du dommage corporel est un savant mélange de médecine et de droit chaque discipline ayant des influences sur l’autre.

Et parfois, ces matières se contredisent.

Sauf que, j’ai coutume de dire que le droit l’emporte toujours sur la médecine.

Ainsi, nombre d’analyses médicales sont tout simplement erronées en droit pour des raisons diverses et variées.

Toutefois, lorsqu’on met l’expert devant ses contradictions, il indique bien vite que lui n’est pas juriste…

Personne n’est parfait mais en tant qu’expert, il fait une expertise médico-légale c’est-à-dire qu’il doit qualifier ce qu’il constate.

Tel Monsieur JOURDAIN qui s’ignore, il fait du droit sans même sans rendre compte.

Mais quand il se trompe, il faut savoir lui rappeler…

Les mauvais experts refusent de changer, les très bons vous écoutent (ce qui ne signifie pas qu’ils vous donnent raison).

Finalement, il y aussi ceux qui doutent, qui se remettent en cause et qui acceptent lors de l’expertise de formuler deux hypothèses en se disant finalement que chaque théorie peut être prise en compte et qu’à tout prendre, il vaut mieux laisser le juge en décider…

Car oui, c’est bien le magistrat qui aura le dernier mot dans cette histoire…

Mais même cela n’est pas toujours évident pour certains de nos médecins.

J’ai encore en souvenir cet expert pris en flagrant délit d’erreur (car un juge malicieux avait crucifié son expertise et lui avait reconfié le soin de la modifier) me répondre que les décisions de la Cour de cassation n’avaient aucune valeur juridiquement…

Comme quoi : même Dieu peut se tromper…

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